DOSSIER - Sport des sourds

 

  1. Introduction

Nous souhaitons par le biais de cette rubrique sensibiliser toute personne désireuse de mieux connaître et comprendre les besoins et attentes des sportifs sourds et malentendants, de l’athlète au dirigeant, membres de notre fédération.

Nous avons rédigé une synthèse pouvant être lue et saisie par un plus large public concerné de près ou de loin, à savoir la personne sourde, malentendante, son entourage (famille, amis), le professionnel oeuvrant dans le domaine de la surdité (audition, langue de signes) ou le politicien pour en citer quelques uns.

L’axe de cette synthèse se repose sur deux réflexions essentielles revenant régulièrement et auxquelles nous avons voulu répondre sur base des constats rencontrés :

Primo :

  • Pourquoi la pratique sportive chez les personnes sourdes et malentendantes ?

Secundo :

  • Pourquoi une fédération sportive de personnes sourdes et malentendantes ?

Nous nous bornerons à développer les principales réponses à ces interrogations liées à la pratique et à la gestion du sport par et pour les personnes sourdes et malentendantes.

  1. Interrogations et réponses
  • 2.1.     Pourquoi la pratique sportive chez les personnes sourdes et malentendantes ?

Il en ressort que la majorité de nos membres sont déjà (ou le seront) affiliés auprès d’une fédération sportive chez les valides dont le choix découle selon le sport pratiqué.

Contrairement à leurs partenaires entendants, nos membres éprouvent en outre le besoin de pratiquer leur sport au sein de notre fédération.

A – Affiliation fédération pour valides

En intégration pour une partie majeure de son temps auprès de ses pairs entendants (scolaire, professionnel, etc.), le membre sourd ou malentendant peut faire face tôt ou tard à certains obstacles au sein d’une fédération pour valides que nous nous limiterons aux plus fréquents, à savoir :

  • Perte totale ou partielle de l’information reçue lors d’une communication notamment dans un groupe (entraînement, réunion) ;
  • Pas (ou peu) d’utilisation de la langue des signes vu que l’entourage composé de personnes entendantes a recours spontanément à la langue parlée ;

Un risque de découragement et donc d’abandon de la pratique sportive peut être observé chez le membre sourd ou malentendant.

Nous soulignons néanmoins que la pratique au sein d’une fédération pour valides est indispensable pour répondre aux exigences de sportif de haut niveau.  En effet, le nombre élargi de partenaires issu de tout niveau permet à l’athlète sourd ou malentendant d’atteindre ses objectifs de performance et donc de progression et résultat.

La présence d’un athlète sourd ou malentendant au sein de cette fédération offre également à la personne entendante la possibilité de s’ouvrir à la diversité et de découvrir la surdité comme un état culturel et linguistique et non un handicap dû à la communication.

B – Affiliation fédération pour sourds et malentendants

Par communauté de sourds et malentendants, on entend toute personne (sourde, malentendante ou entendante) disposant d’une certaine culture sourde et maîtrisant leur langue couramment pratiquée, à savoir la langue des signes.

Au sein de cette fédération gérée par cette communauté, le membre sourd ou malentendant bénéficie les principaux avantages de celle-ci par rapport à une fédération pour valides, à savoir :

  • L’information reçue individuellement ou en groupe sur un même pied d’égalité en égard aux autres membres ;
  • La participation à l’activité proposée en toute autonomie, et ce sans port d’une prothèse auditive;

Il en ressort un épanouissement social et donc de confiance du membre auprès des autres athlètes et dirigeants grâce à une communication fluide dûe à la langue des signes.  Ce qui se répercutera dans ses performances au sein de la fédération pour sourds et malentendants mais surtout au sein d’une fédération pour valides.

C – Double affiliation

L’affiliation au sein de ces deux fédérations, à savoir celle pour valides (A) et pour sourds et malentendants (B) contribue au bien-être du membre tant au niveau de la performance sportive qu’au niveau social avec ses pairs.

progression < = > épanouissement

  • 2.2.     Pourquoi une fédération sportive de personnes sourdes et malentendantes ?

La communauté des sourds et malentendants est constituée de personnes faisant partie d’une minorité culturelle et donc linguistique et ne se considèrent pas comme des déficients ou handicapés auditifs.  Ces termes sont employés par toute personne n’ayant pas ou peu de connaissance du monde de la surdité ou étant issu du monde scientifique.

Aux quatre coins du monde, une fédération sportive a pratiquement été créée par une communauté de sourds et malentendants.  En Belgique, une fédération a vu le jour en 1922 en tant que fédération omnisports oeuvrant dans la pratique du sport de haut niveau et dans le sport récréatif.  Les membres sont affiliés, par le biais de leurs clubs, toujours à cette unique et même fédération qui existe à ce jour, soit depuis plus de 90 ans.  Le sport en Belgique n’a donc pas connu de prolifération de fédérations sportives de sourds et malentendants durant ce siècle dernier, contrairement à certaines fédérations pour valides.

Il en ressort qu’au sein de cette structure :

  • La communication, en individuel ou en groupe, entre dirigeants et membres se fait spontanément par la langue des signes tant au niveau national qu’international ;
  • Tout membre a la possibilité de se reconvertir en tant que dirigeant (ex : entraîneur, administrateur, arbitre, etc.) ;
  • Transmission d’une identité culturelle aux membres par la participation de leurs semblables, dirigeants sourd ou malentendant d’un club ou d’une fédération ;
  • Affiliation de l’unique fédération par l’EDSO au niveau européen et par l’ICSD au niveau mondial qui est reconnue par l’IOC.  Seuls ses membres affiliés peuvent participer aux compétitions internationales notamment les Deaflympics.

Grâce au soutien financier émanant du Comité National Olympique (COIB) à leur fédération, les membres ont la possibilité de participer aux compétitions internationales ainsi qu’aux Deaflympics.  Néanmoins, ils doivent surtout subvenir de leur poche faute d’absence de cadre légal lié à la reconnaissance d’une fédération de sourds et malentendants par la Communauté Flamande et la Fédération Wallonie-Bruxelles.  Ceci est inacceptable de nos jours.

  1. Constat de la politique sportive en Belgique (1999-2016) : Déjà 15 ans d’échec dû à l’intégration des sourds et malentendants dans une fédération pour handicapés

A l’instar des personnes sourdes et malentendantes, une fédération sportive pour handicapés a été créée en 1960 et est gérée depuis lors essentiellement par des personnes valides.

Le souhait de ces dirigeants est de faire reconnaître au monde politique uniquement une fédération pour handicapés regroupant tous handicaps confondus, et ce en incluant les sourds et malentendantes sans que les dirigeants de leur fédération en soient consultés.

La mise en place du décret du 26 avril 1999 par la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex- Communauté Française) et du décret du 13 juillet 2001 par la Communauté Flamande ne permet plus à la fédération (via ses ailes linguistiques) pour sourds et malentendants d’être reconnue à ce jour par les instances politiques et donc de faire appel aux services de l’Adeps ou du Sport Vlaanderen.

Pourquoi cette intégration dite forcée au sein de leur fédération ?  Ceci est essentiellement dû :

  • A une vision paternaliste engendrant une sous-estimation des capacités et compétences des sourds et malentendants, notamment dans la gestion;
  • A une raison économique qui n’est pas fondée, à savoir le regroupement des handicaps au sein d’une même structure est moins onéreux pour l’Etat.

Durant ces 15 années écoulées, la reconnaissance de la fédération pour handicapés n’a pas permit d’intégrer les sourds et malentendants, malgré la subvention qui leur est octroyée.

Récemment, leur instance internationale et mondiale qu’est l’IPC a fait la suggestion à l’ICSD d’inclure les membres sourds et malentendants à leurs Paralympics, et ce dès 2020.

Quelles sont les conséquences en cas d’intégration dite mondiale ?

  • La structure nationale et internationale existante des sourds et malentendants sera amenée à disparaître ;
  • L’impact médiatique de la participation des sourds et malentendants au sein des Paralympics ne sera pas meilleure qu’aux Deaflympics.  Contrairement aux autres handicaps, la surdité est invisible ;
  • Cette intégration conduira les sourds et malentendants à être incorporés au sein de la structure des Paralympiques et donc de la fédération nationale Paralympique ;
  • Les réunions entre personnes sourdes et malentendantes et valides qui ne pratiquent pas la langue des signes ne pourront se faire moyennant un contact direct.  Un(e) interprète sera à chaque fois nécessaire.
  • L’intérêt des réunions générales sera moindre puisque les points abordés concernant les sourds et malentendants ne concernent pas les autres handicaps et vice-versa.
  • Les sourds et malentendants seront progressivement voués à un rôle réduit dans la gestion de la fédération pour handicapés, faute de communication ;
  • Il ne sera plus possible de revenir au cadre légal existant au sein des pays relatif au sport des sourds et malentendants puisque celui-ci a été abrogé au profit du sport des handicapés.  Il n’y aura plus de discussion possible au niveau politique.

L’intégration aux Paralympics via l’IPC consistera en une intégration au sein des fédérations nationales pour handicapés.

  1. Conclusion

Il y a urgence que le monde politique soit informé de l’importance du sport par et pour les sourds et malentendants et ce, avec l’appui des administrateurs issus de la fédération des handicapés permettant l’inclusion d’un cadre légal de reconnaissance d’une fédération sportive de sourds et malentendants dans l’élaboration du nouveau décret qui verra le jour en 2016.  Et ce, à l’instar de ce qui se fait déjà pour la fédération des handicapés.

La reconnaissance du sport chez les sourds et malentendants est un tremplin, à l’image de la langue des signes et donc à la reconnaissance de la personne sourde ou malentendante avec ses spécificités qui lui sont propres, à savoir l’identité, la communication et la culture.

De cette manière, le sport chez nous en Belgique sera régi et traité d’un même pied d’égalité et offrira une meilleure image auprès de ses athlètes tant aux Deaflympics qu’aux Paralympics.